LE FILM

EN SALLES LE 27 JANVIER 2016

Durée 1h37 - Couleur - 1,85 - Stéréo 5.1


Après vingt années d’existence et de combats pour la presse indépendante algérienne, Malek Bensmaïl pose sa caméra au sein de la rédaction du célèbre quotidien El Watan, nécessaire contre-pouvoir à une démocratie vacillante, à l’heure où Bouteflika s’apprête à briguer un quatrième mandat.

Une rencontre avec celles et ceux qui font le journal, leurs doutes, leurs contradictions, leur souci permanent de faire, chaque jour, un journal libre et indépendant. Une réflexion sur le travail et la pensée journalistique.

UN REGARD SUR L'ALGÉRIE D'AUJOURD'HUI, PAR MALEK BENSMAÏLCONTRE ET POUVOIRS, PAR KAMEL DAOUDCRÉDITS

« Ce film est dédié aux 120 journalistes algériens
assassinés durant la décennie noire »

Un regard sur l'Algérie d'aujourd'hui, par Malek Bensmaïl

Le désir d’un film surgit souvent à partir des films précédemment réalisés
et d’une suite de questions qui restent posées, suspendues.

Après mes documentaires Algérie(s), Aliénations, Des vacances malgré tout, Le Grand Jeu, et La Chine est encore loin, j’ai commencé à imaginer en premier lieu à un projet sur la question de la démocratie, sur la liberté d’expression, de ce que cela implique. Un film qui révélerait en quelque sorte la pensée journalistique et qui mettrait en lumière le concept du «contre-pouvoir», à la fois comme enjeu de liberté et de démocratie.

Pour reprendre une note de Pasolini à propos de son film «La rage», il décrit ce qu’est la normalité après la guerre et l’après-guerre. Cette normalité où l’on ne regarde plus autour de soi car «l’homme tend à s’assoupir dans sa propre normalité, il oublie de réfléchir sur soi, perd l’habitude de juger, ne sait plus se demander qui il est».

«La rage commence là, après ces grandes, grises funérailles» conclu Pasolini. En lisant ce texte, je pense et repense à la rage des journalistes algériens qui ont trop souvent été les oubliés de notre histoire, si douloureuse.

Rappelez-vous, plus d’une centaine d’entre eux ont été les victimes d’une guerre civile, sanglante. Le film leur rend hommage. Revenu à la «normalité», on ne regarde plus, on écrit plus, on ne filme plus l’Algérie d’aujourd’hui qui s’indigne, qui s’exprime. C’est un temps mort pour les algériens, pour le monde.

Il s’agit pour la première fois, de s’intéresser à eux et de demeurer avec eux, loin d’une actualité médiatique, sanglante ou «printanière». Prendre le temps d’écouter, d’observer. Prendre le temps de saisir et d’examiner la pensée, la réflexion et le travail au quotidien des journalistes.

On le sait, l’Algérie possède un système politique verrouillé et autoritaire. Paradoxalement, ce même «système» a permis, il y a vingt-cinq ans, l’unique liberté possible, celle de l’expression dans la presse écrite. Ce système a en effet permis la naissance d’une presse dite «indépendante» ou libre dans les années 90.

La presse privée algérienne est née dans un contexte alors de violence politique. Au cours d’une guerre civile qui a duré plus de deux décennies les journalistes et intellectuels étaient considérés comme les ennemis à abattre. Durant cette guerre prolongée, plus d’une centaine de journalistes et intellectuels ont été tués. Les médias indépendants et libres ont accusé depuis un sérieux retard.

Aujourd’hui, la violence contre les médias s’est quelque peu atténuée, mais les journalistes restent tout de même les adversaires ou les prisonniers des dirigeants politiques, des militaires et des personnalités influentes du pouvoir.

Mais alors, la presse algérienne serait-elle un quatrième pouvoir ou un contre-pouvoir? La presse apparaît alors comme un fait d’observation; Qu’est-ce exactement que le pouvoir de la presse en Algérie?

Quelles sont ses formes diverses? D’où ce pouvoir se tire-t-il? Comment fonctionne-t-il? Quelles sont les forces qui l’habitent? Qu’est ce qu’une presse indépendante? Et puis il y a la langue. La langue! voilà le mot. La problématique de la langue en Algérie est bien visible dans l’ensemble de mes films. De tout temps, elle a été l’instrument et l’objet de controverses politiques. El Watan est francophone et assume l’héritage de cette langue. Autre question de départ: la langue française est-elle devenue un enjeu de contre-pouvoir en Algérie?

Au fil de mon questionnement quasi obsessionnel autour de la complexité de ma société, ce film m’apparaît comme une des préoccupations majeures dans l’accompagnement de ce que j’appelle la mémoire audiovisuelle contemporaine. Il ne suffit pas de montrer les violences, ni de raconter l’actualité mais il y a un devoir à continuer d’enregistrer les évolutions, les réflexions, les batailles, d’enregistrer une démocratie qui peine à naître mais qui se construit malgré tout, jour après jour.

« Contre et Pouvoirs », par Kamel Daoud

photo © Malika Rahal

« Le contre-pouvoir est lieu de désobéissance »

En Algérie, il est plus facile de définir les contre-pouvoirs que le pouvoir. Un journaliste algérien proposera même une définition fascinante: il n’est pas abus de pouvoir mais abus d’obéissance. Le contre-pouvoir est lieu de désobéissance, pas lieu de contrepoids comme dans les démocraties. Il est résistance à l’uniforme et donc à l’uniformisation. Il est le pluralisme, mais aussi la digression, la dissidence, la récalcitrante. L’enjeu est dans les mots: le pouvoir fait passer le contre-pouvoir pour une opposition et se dérobe sous le statut «d’État». Le contre-pouvoir est pourtant polytone: il est dans le corps, le verbe, le parti, le cri, la marche, la manifestation, la violence même, l’institution, le discours ou le procès. Le contre-pouvoir dévoile les régimes comme usage de pouvoir sous la parodie des États.

En Algérie, le contre-pouvoir est doublement encerclé: par le pouvoir du régime et l’orthodoxie conservatrice; il est double dissidence. Le pouvoir quant à lui est duel: il se réclame de Dieu et du martyr. Le contre-pouvoir est repoussé vers les marges de la singularité là où il s’affirme comme centre des résistances.

En Algérie, le pouvoir est une hagiographie, les contre-pouvoirs sont la véritable histoire algérienne. Ils racontent l'histoire sans mensonges, parce que vécue ou perpétuée.

Kamel Daoud, journaliste et écrivain, à propos du film de Malek Bensmaïl. Prix Goncourt 2015 du premier roman pour Meursault, contre-enquête, éd. Actes Sud.

Fiche technique

Donateurs

Générique

Durée 1h37 - Couleur - 1,85 - Stéréo 5.1

Langues : français, berbère, arabe

Version sous-titrée anglais

Version sous-titrée français

Titre anglais : Checks & Balances

Un film écrit, tourné et réalisé par Malek Bensmaïl

Production Hikayet Films (Algérie)

Producteurs Hachemi Zertal & Malek Bensmaïl

Producteurs associés Gérald Collas & Yann Brolli

Avec la participation de l’Ina
Magnolias Films (France)
Thala Films (Algérie)


Ce film a été réalisé avec les soutiens

des Fonds Bertha IDFA & AFAC

Les films du Tourbillon, Jean-Michel Frodon,
Jean-Louis Comoli, Agnès Varda, Cherfi Magyd,
Revue Images Documentaires, Vb partenaires,
Le Festival des 3 Continents, Jérôme Baron,
Marie-Pierre Duhamel, Robert Cahen, Philomène Bon,
Gilbert Meynier, Ginette Lavigne, Akira Mizubayachi,
Tomoyo Kawaï, Olivier Barlet, Clara Guillaud,
M. Brielle, Yolande Bacot, Estelle Robin, Saida Saghi,
Nadine Lamari, Etienne Louÿs, Corinne Godeau,
Catherine Mariette, Algeria Solidarity Compaign,
Hamid Aougab, Catherine Vincent, Thomas Azuelos,
Anne Pambrun, Malika Kessous, Marie Dorman,
Rosa Olmos, Amine Khaled, Ali Bensaad,
Dominique Wallon, Katia Chibi, Dana Farzanehpour,
M Clemm, Niels Anderson,
Catherine de Guillebon, Yanomito, Nicolas Baledent,
Marie Stutz, T. Quenemeur, Ahmed Madani,
Pascale Hernandez, Marc Grangiens, Niame mam Bassine, Cinzia, Bruno et Marie Henry, Walid Benkhaled,
Farah Morvan, Dieynaba, Kais Benotmane,
Baidy Diaw, Jean-François Fourt, OSEAD,
Rachid Nafir, Frédéric Purtschet, Caroline Troin,
Nedjma Berder, Amélie Lefort, Éric Sarner, Slahmar,
Myriam Kabouche, Camel Zekri,
Matthieu Bretaud, Phil Marboeuf,
Alexandra Bertin, Jean-Luc Bocquet, Niguissaly Diop,
Julien Brossier, Gérard Larpent, Franck Pequignat,
Viou Blot, Coura Fall, Christine Cyiyizire, Rachida Lamri,
Lou Cosserat, Magyd Herfi, Rumen,
Oumar Sall, Hélène de Frémont, Grimault-Bretaud,
Malika Rahal, Lamghari, Heyberger, Loucif,
F Marquis, Djilali Benamrane,
Solange Poulet, Guy Darcourt, Ratiba Hachani,
Chris Barthelemy, Aurélien Pommier, Cécile Boex,
Yuko Fikuzaki, Marc Gauchee, Aïcha Loucif, Guy Darcourt, Sohail Mered, Awa Sy Bensmaïl, Saidi Lezar,
Miguel Yanover, Zoheir, Micha Bendjaballah, Oumar Sen...

Chef monteur
Matthieu Bretaud

Montage additionnel
Cedric Jouan

Musique
Phil Marboeuf & Camel Zekri

Lumière
Ouadi Guenich

Assistant
Hassen Ferhani

Son
Hamid Osmani

Etalonnage
Rémi Berge

Montage son et mixage
Delphine Telliez

Infographie
Stéphanie Mée

Traduction
Amine Khaled

Version française
Hadi Kacher

Version anglaise
Esther Russel